Les canards

Je cours sans m’arrêter, essayant de m’enfuir le plus rapidement possible, je carapate, puis saute et continue à cavaler, j’ai chaud, j’ai du mal à respirer. Va-t-il me rattraper ? Vais-je tomber et rester sous son emprise ? Comment fait-il pour toujours réussir à me retrouver et me pourchasser sans cesse ?
Je continue ma course à travers ce petit sentier rocheux, sans me retourner, de peur qu’il ne me rattrape. Je me faufile à travers les arbres du plus vite que je peux.
Enfin, j’arrive en haut, au sommet de cette montagne, je m’avance doucement, pour sortir de ce bosquet, je sens la sueur couler le long de mon corps. Un vent frais caresse mon visage, les rayons du soleil réchauffent ma peau. Je me sens bien, je me sens libre, je me demande si j’ai réussi à le semer, lui le temps, qui m’emprisonne, qui m’oppresse tous les jours de ma vie. Mais au fond, qu’est que la liberté ? Qu’est-ce que j’essaye de fuir depuis tout ce temps ? Le temps peut être, mais aussi toutes les contraintes du monde. Ici, en haut, je me sens libre, ce n’est pas comme en bas, ou j’étais obligé de respecter des règles pour ne pas aller en prison. Nous ne sommes pas libres dans ce monde. Je m’assois au soleil sur la parcelle d’herbe privée de caillou et je pense à ma vie. Suis-je heureux ?
Je serai heureux quand je pourrais agir sans contrainte, être libre de faire ce que je veux, de prendre mes propres décisions. Pourquoi ne pas partir sur une île déserte ? Là-bas, personne ne me dicterait ce que je dois faire ou non. Je pourrais me prélasser sur la plage toute la journée sans subir de reproche, je n’entendrai plus mon patron me crier dessus à longueur de journée. Tout bien réfléchi, je pense que je préférerais la solitude à la servitude. Mais serai-je vraiment heureux ?
Et pourquoi n’aiderai-je pas les gens à devenir libre, à se sentir mieux ? Non je ne compte pas devenir psy. Mais pourquoi ne pas consacrer une partie de ma vie à aider les autres ? Il faut d’abord que j’arrive à devenir complétement libre pour transmettre ma liberté aux autres.
Mais je peux déjà les aider à acquérir certaines libertés très importantes comme des libertés de « vivre » pour permettre à tout le monde d’avoir accès à l’eau et leur permettre de manger à leur faim. Pourquoi ne pas devenir bénévole dans une ONG humanitaire afin d’aider les personnes qui sont le plus dans le besoin ? J’ai la chance d’avoir accès à l’eau et je peux manger autant de nourriture que je veux chaque jour de ma vie, alors pourquoi tout le monde n’aurait pas le droit d’avoir cette liberté.
Une autre chose que je trouve très importante aujourd’hui est l’accès à la santé, à l’éducation et à la propriété. Tout les enfants du monde devraient avoir accès à l’enseignement, car la connaissance est quelque chose de très important, elle permet au monde de vivre comme il l’entend et d’avoir ses propres opinions, d’être plus apte à faire des choix.
Enfin, nous devrions être libre de penser comme bon nous semble. Il m’est en effet arrivé à plusieurs reprises que des personnes me trouvent bizarre lorsque je ne pensais pas de la même façon qu’eux. Je trouve même que nous sommes en quelque sorte conditionnés pour être quelqu’un de « normal » comme tout bon citoyen sans liberté d’opinion ou alors que nous la cachons.
Perdue dans mes médiations, je me mis à chantonner le poème sur la liberté que j’avais écrit dans ma tête.

« Libre comme l’air,
Léger comme un nuage,
Ce n’est pas un enfer,
De danser sous l’orage.

Ainsi va la vie,
Ainsi va le temps.
Je suis prêt aujourd’hui,
A voir le soleil levant.

Je vis, je respire,
En haut de cette montagne,
Regardant cet empire,

Et toute cette campagne,
Ce paysage qui m’inspire,
Et tous les jours m’accompagne. »